Komyo-In

vendredi 2 janvier 2015

De l'amour à la compassion

Trois papillons parlent de l’amour, le premier dit : « J’ai vu la flamme de l’amour »,
Le deuxième dit « Mes ailes ont souffert des flammes de l’amour »,
Le troisième ne dit rien mais il se jette dans le feu et est consumé.
Seul le dernier connaît vraiment l’amour.
Histoire soufi.
L’amour
La plus grande force au monde est la force de l’amour car elle est à l’origine de toute évolution tant individuelle que sociale. Elle permet de dépasser l’attitude égoïste de l’enfermement sur soi par haine, avidité ou étroitesse d’esprit, pour s’ouvrir par l’altruisme à un niveau supérieur de compréhension du monde.
Un poing fermé pour prendre ou pour frapper se croit fort, mais il ne communique plus avec la vie.
La main ouverte dans le geste du don prends le risque d’aimer et de donner sa confiance ou ses biens sans retour à un ingrat, mais c’est seulement ainsi qu’elle peut rencontrer une autre main tendue et choisir d’évoluer avec elle.
Rien de grand ne se fait seul, personne ne peut se suffire à lui-même ni prétendre comprendre le monde dans sa plénitude. Une équipe soudée par l’amitié et respectueuse de l’intégrité de chacun peut être concentrée vers un but commun tout en envisageant les divers points de vue pour y parvenir, cette largeur d’esprit est un gage de succès.
L’amour ouvre le cœur, éveille l’intelligence. Un enfant qui aime son professeur deviendra facilement bon dans sa matière, simplement parce qu’il s’identifie à sa manière de penser.
L’amour est une attitude ouverte et positive vis-à-vis de la vie, les autres sont considérés avec attention et respect comme des amis que l’on peut accueillir et protéger, cette disponibilité intérieure nous fait aimer par eux en retour. Si on vous parle gentiment en vous appelant par votre nom, vous avez évidemment plus envie d’être aimable à votre tour et de rendre service, la vie est un jeu de miroir. L’amour donne aussi de la patience pour accepter les petits défauts des autres et le désir de compléter discrètement leurs déficiences avec le sourire. Bien entendu, si on respecte les autres il devient plus facile de s’excuser vis à vis d’eux et de reconnaître ses propres fautes. Savoir que l’autre nous accepte malgré nos faiblesses est rassurant et signifie qu’il s’intéresse réellement à nous et non pas qu’il nous juge ou nous utilise comme un outil, bon un jour à jeter.
Si le chef prends soin de ses subordonnés, alors ceux-ci se dévoueront pour lui et ils feront de leur mieux pour la réussite de l’entreprise. C’est ainsi que sans gémir ni émettre des récriminations, on obtient le respect d’une équipe ou la tendresse dans un couple.

La compassion
La compassion est un amour en évolution qui s’approfondit toute la vie et s’étends petit à petit au monde entier. Un proverbe dit : « Qui se ressemble s’assemble.»
D’abord l’amour se développe dans une famille harmonieuse ou qui essaye de l’être. La vie familiale demande du dévouement et des sacrifices pour élever ses enfants, c’est une école sévère pour se préparer à aimer son prochain.
Puis cet amour peut s’étendre à toute l’humanité et devient alors de la compassion qui se manifeste par la reconnaissance, la joie, et la tendresse que l’on donne chaque jour à tout ceux qui nous entourent.
Enfin, en pratiquant la méditation sur le vide, la compassion devient universelle au-delà des formes, elle s’étends à toute la nature et aux mondes invisibles.
Vivre, c’est donner, puis recevoir, c’est comme la respiration ainsi à chaque étape le cœur peut s’ouvrir un peu plus et s’approfondir.
La compassion est un amour qui s’étend à toute l’humanité sans la juger, avec le désir de soulager sa souffrance avec intelligence et respect.
La compassion dans le bouddhisme est la cause originelle qui mène à l’illumination, c’est un amour actif qui souhaite apporter à tous le bonheur et les causes qui le produisent. Les cinq grands vœux du bouddhisme affirment :
« Je fais le vœu de sauver tous les êtres vivants, de pratiquer les six vertus (paramita), d’étudier tous les enseignements du dharma, de servir tous les Bouddhas, d’atteindre l’illumination non seulement pour moi mais pour que tous l’atteignent pareillement.»
La compassion est un amour adulte, non égocentré. La personnalité voit l’univers comme une grande famille où elle apporte sa contribution dans le respect de la différence de l’autre. Elle n’est pas persuadée d’avoir le monopole de la vérité ou du bien, elle est curieuse de découvrir la vie à travers le regard des autres et se sent solidaire vis-à-vis d’eux.
Elle ne se laisse pas limiter pas le côté formel d’une religion, elle voit l’unité du but derrière la diversité apparente des pratiques cultuelles. Le Bouddhisme apporte la sagesse de la non dualité, qui permet de reconnaître avec amour la présence de Dieu ou du Bouddha partout dans la vie. Il n’accorde donc aucune attention aux théories politiques, religieuses ou sociales, qui cherchent à créer des conflits en clivant les hommes selon les pays, les races, les classes sociales.
Dans son désir d’aider les autres avec intelligence, elle cherche à comprendre les vraies causes multiples et profondes qui amènent une situation. Elle sait donc bien écouter, pour comprendre les vrais besoins et ne déforme pas les propos en voulant imposer des valeurs. Savoir écouter possède une vertu thérapeutique précieuse qui soulage, il n’est pas si facile que cela de trouver à qui confier ses chagrins. Ecouter et conseiller peut aider quelqu’un à prendre conscience qu’il est le premier responsable de son malheur par une attitude ou un comportement inadéquat.
La compassion peut s’étendre à tout le phénomène de la vie qui est compris comme la manifestation du Bouddha Daïnitchi s’exprimant à travers une multitude d’êtres. Les animaux, les plantes, toute la nature est tellement belle qu’elle devient digne de respect et doit être protégée de la barbarie des hommes.
Ceux qui ont le sens de l’unité restent sans amertume ni regrets quand leur générosité est récompensée par de l’ingratitude, ils savent que les mains qui rendent ne sont pas toujours celles qui ont reçus. Ils se reconnaissent par leur gentillesse et leur simplicité. Ils comprennent tout sans avoir besoin de beaucoup d’explications, ils ont du bon sens pratique et sont habiles pour aller à l’essentiel et trouver des solutions qui apportent le bonheur.
La compassion se développe toute la vie par l’accumulation de bonnes actions, de la charité, de la prière et de la méditation. Quand le cœur est purifié la nature le sent et devient sans crainte.
Un mystique chrétien St.François d’Assise parlait aux animaux dont un loup qui l’accompagnait spontanément dans ses pérégrinations, d’autres mystiques Indiens font fuir les tigres qu’ils traitent comme des gros chats ou côtoient des serpents venimeux comme des animaux familiers.
Toute la vie on rencontre des gens bien et des gens pas bien mais de toute façon, c’est l’occasion d’apprendre à développer la compassion. Si nous voulons nous connaître, observons comment nous réagissons devant l’adversité, avons-nous une vraie compassion pour celui qui nous fait du mal ?

Un cœur en vaut bien un autre
A la fin des études de médecine, les étudiants prêtent le serment d’Hippocrate (médecin grec considéré comme le père de la médecine né vers 460 av JC) dont l’idée centrale est que tout malade a droit au dévouement du médecin et aussi au respect du secret le concernant. Selon le principe d’égalité, un homme en vaut bien un autre quelque soit sa culture d’origine ou ses convictions, d’où la citation célèbre « Je ne te demande pas qui tu es, ce que tu penses ou ce que tu fais mais où tu as mal ? ».
Un jour, je priais dans une église du quartier Latin à Paris et mon intuition m’a fait sentir dans le cœur un gros chagrin, du désespoir dans les environs. Alors comme je fais d’habitude dans ces circonstances, je suis allé me promener autour de l’église pour trouver d’où cela venait et j’ai vu une clocharde assise dans un coin pour mendier qui parlait à son chien en lui mettant la main sur l’épaule comme à un copain qu’il faut encourager. Je me suis approché et je lui ai demandé comment cela allait. Elle m’a dit que cela n’allait pas, qu’elle venait de voir un médecin qu’il l’avait examinée gratuitement mais qu’elle n’avait pas l’argent pour acheter les médicaments. Cinq minutes après, elle avait ce qui lui fallait et je lui ai demandé en échange de prier pour moi, j’espérai ainsi qu’elle penserait de temps en temps à Dieu.
Est-ce ma sensibilité ou une présence aimante invisible qui vit dans cette église qui m’a informé de sa détresse, je ne sais. Ce dont je suis sûr c’est que nous sommes tous solidaires les uns des autres par le cœur et que ma gentillesse a du sûrement être récompensée, même si je n’en suis pas très conscient.
Le monde n’est pas ce qu’on croit, tout communique au niveau de l’esprit. Un cœur en vaut bien un autre, nous avons vécu des vies animales et humaines dans tellement de monde et de corps différents. Faire du bien à quelqu’un ou soulager la souffrance d’un animal, cela permet de se libérer de nos dettes karmiques, ouvrant ainsi des pétales qui du fait d’actes erronés étaient depuis longtemps fermés dans la fleur de notre cœur,.
Beaucoup de gens font du bien discrètement, un proverbe dit : « Le bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit».
Ceux qui font de l’assistanat aux personnes mourantes disent que cette activité leur a beaucoup apporté, ne serait-ce que mieux comprendre ce qui est vraiment important ou pas dans la vie. Certains d’entre eux qui prient ont un grand rayonnement. Ils sont les passeurs qui préparent la renaissance dans l’autre monde, n’oublions jamais que nous sommes ici que pour peu de temps.

La compassion, chez les animaux
La compassion tant chez les animaux que chez les hommes est un signe d’évolution, elle signifie simplement avoir de l’empathie vis-à-vis de la souffrance des autres, d’où le désir de la soulager. Si nous nous plaçons dans la perspective du bouddhisme qui enseigne que l’on peut parfois s’incarner dans le corps d’un animal en fonction de son karma, il est normal de trouver des animaux particulièrement aimants.
Les exemples sont nombreux d’animaux qui témoignent de l’affection à leur maître et ont parfois sauvé leur vie.
Un vétérinaire qui étudie le comportement des animaux raconte dans un livre comment ils sont capables d’amour et bien sûr de haine entre eux. Un jour, il avait une chatte qui allaitait cinq petits dans une cage de son cabinet. On lui apporta un petit chaton abandonné qui souffrait de la faim. Il eut l’idée de le laisser dans une autre cage ouverte à côté de celle de la chatte. Celle-ci entendit les cris du petit et inquiète elle commença à compter les siens en les regardant attentivement un par un. Alors elle se leva pour voir d’où venaient les cris désespérés du chaton. Elle entra dans la cage, le renifla et ressortit pour retourner se coucher près de ses petits mais elle était agitée. Elle retourna à nouveau en entendant les cris, puis après avoir hésité deux fois, elle l’emporta et l’adopta.
Les éléphants sont aussi des animaux très évolués capables d’une vie en groupe dans laquelle ils expriment de la tendresse pour les plus faibles. Dauphins, chiens, chevaux et autres animaux supérieurs peuvent faire preuve du même dévouement que des humains pour leurs progénitures.
L’homme n’a pas le monopole de l’amour, alors pourquoi devrait-on les traiter sans respect et supposer qu’ils ne sont pas capables de sentiments de compassion ?

La compassion universelle va au-delà des formes
D’après les textes ils existent trois sortes d’hommes qui pratiquent la voie, ceux qui pratiquent pour eux, ceux qui pratiquent pour eux et pour les autres et les supérieurs qui ne pratiquent que pour autrui. Seule cette dernière attitude détruit à la longue la notion de moi.
Une pratique de prière peut avoir un objectif mondain, comme la réussite en affaire ou un mariage heureux. C’est bien et c’est utile de résoudre ses problèmes concrets dans ce monde, mais ce n’est qu’un bonheur provisoire. Priez pour soi ne libère pas de la roue du karma et des renaissances, une fois les mérites épuisés dans cette vie, il faudra renaître pour assumer son ancien karma négatif.
Une pratique de prière pour atteindre l’illumination cherche d’abord à développer des vertus de sagesse pour libérer de l’attachement au monde des formes et à soi même.
Un texte du petit véhicule dit : « Je lâche prise, j’écarte, je dépose tous mes désirs et mes conceptions du monde», c’est ainsi que l’on se libère de soi même.
Le travail consiste à ne rien garder pour soi, c’est pour cette raison aussi que les moines dédicacent les mérites de leurs prières pour le bonheur de tous les êtres, ainsi ils en multiplient les effets à l’infini.
Une métaphore explique ainsi comment atteindre l’illumination : « Si nous voulons que notre esprit puisse devenir l’océan ne limitons pas notre pratique à la taille du récipient de notre personnalité, brisons le vase.»
Une réflexion intellectuelle n’est pas suffisante pour changer la partie instinctuelle, c’est la méditation sur le vide qui va permettre d’aller au fond de soi même.
La pratique des mantras des divinités irritées comme Fudo-myôô permet aussi de transformer notre moi profond. Ce moi est un mirage, une illusion, ne nous attachons pas plus à lui qu’aux nuages aux formes changeantes dans le ciel.
La pratique de la méditation sur le vide est sans but ni profit, tout se dissout spontanément si on reste sans intention !
Quand nous regardons de l’eau pure dans un vase, rien ne se reflète dedans, notre esprit est comme cette eau, il est naturel. Ne le colorons pas avec nos pensées, contentons nous d’observer la vacuité dans sa nature pure.
Nos pensées montent, agitent l’eau, cherchent à interpréter l’état dans lequel elles sont, trouvent des explications, font des évaluations. Ne pas les suivre, ne pas les nourrir, font qu’elles se calment, puis se dissolvent, notre esprit voit alors la grande compassion comme un grand océan lumineux, vaste, joyeux, omniscient et finalement celui qui observe cela se dissous aussi.

Comment développer la compassion
1) Le repentir :
En préalable, il est indispensable de prendre conscience de ses défauts de caractère et se repentir de toutes ses fautes passées qui sont comme « une » glue qui obstrue notre sensibilité et notre intelligence.
Le repentir permet de trouver les causes profondes de ces traits de caractère pour ensuite les modifier par la pratique, sans cette démarche nous trouverons toujours par orgueil des justifications à des conduites inappropriées. Par exemple, voler peut se justifier par un sentiment d’injustice sociale, mais la cause profonde modifiable est peut-être un sentiment d’infériorité.
Nous rapportons de nos vies passées beaucoup de mauvaises habitudes de penser. Cette partie sombre de notre personnalité se défends très bien malgré tous nos bons principes moraux. Il faut répéter des millions de mantras et persévérer des années malgré les crises et le découragement pour la transformer.
Si c’était si facile de devenir un saint, cela se saurait. Les mauvais penchants vont remonter à la surface et devenir d’abord plus forts, plus évidents comme quand un abcès mûrit avant de crever, puis il y aura une crise avec une prise de conscience de ses responsabilités dans les ennuis que l’on rencontre, d’où un vrai repentir et ensuite tout se dissout.
Ce processus de purification évolue avec le nombre de répétition de mantra de manière quasi mécanique, c’est surprenant ! Cependant il faut rester prudent car à chaque étape il y a des tentations avec le risque de régression si on cède. Un moine qui avait été un voleur dans une vie passée voulu prendre du thé dans un vase ouvert chez un commerçant, au moment où il mis la main dans le pot il se rendit compte de la tentation et se mis à crier bien fort : « Venez vite, il y a un voleur dans la boutique !
2) Le renoncement :
Un proverbe dit : « Si tu cherches la liberté tu seras esclave de tes désirs, si tu cherches la discipline tu trouveras la liberté».
La première des choses c’est de se garder du temps et de l’énergie disponibles pour la recherche intérieure et ne pas se laisser abuser par la société de consommation qui crée des désirs inutiles et nous pousse à désirer toujours plus. Plus nous possédons, plus nous sommes agités et moins nous sommes satisfaits. Alors nous penserons que ce malaise vient sans doute qu’il nous manque quelque chose de matériel et nous irons faire des achats.
Si on considère l’ego comme un arbre, les branches sont les attachements aux choses et aux êtres de ce monde mais le tronc qui les rassemble est l’attachement à soi-même.
L’attachement au monde évolue selon les âges de la vie, tailler les branches de l’arbre de l’ego qui poussent durant toute la vie, c’est un travail très long. Mais si on coupe directement l’attachement à soi même, le tronc, il n’est pas nécessaire de s’occuper de l’attachement des branches.
Les hommes sont d’autant plus attachés au monde qu’ils n’ont pas de vie intérieure, ils croient que posséder de l’argent et le dépenser va résoudre leurs problèmes existentiels. Pourtant ils souffrent de trop posséder et de trop d’activité, mais c’est ainsi qu’ils se sentent vivre. Quand ils seront vieux, et à l’approche de la mort, ils auront peur de l’inconnu et toutes leurs certitudes s’écrouleront.
Renoncer signifie cultiver de l’indifférence pour les attraits du monde, cela donne de la liberté.
Un religieux considère que le monde est une création de son propre esprit, le problème pour lui n’est plus de prier pour avoir une belle voiture mais de trouver les raisons en lui qui font qu’il a peut être une attirance pour un gros tas de ferraille qui fait vroumm vroumm.
L’essentiel est de passer du temps avec nos proches en savourant leur présence sur cette base de tendresse, le cœur devient apaisé et harmonieux, les besoins matériels qui ne sont que des compensations psychologiques diminuent. Il devient possible de vouloir approfondir sa vie pour découvrir le monde spirituel sous la direction d’un maître authentique.
Ce qui donne du sens à la vie si éphémère c’est donner de l’amour. En général les hommes donnent des choses ou de l’argent à ceux qu’ils aiment ce n’est que quand ils sont près de mourir qu’ils disent leur amour à leurs proches. Ils n’osaient pas avant, sans doute par pudeur.
3) L’ascèse :
Les grands moines du passé vivaient d’une manière beaucoup plus dur que maintenant.
Ils pratiquaient le jeûne, et faisaient des ascèses sévères comme le maître Tankaï qui priait Fudo-myôô en répétant son mantra des millions de fois. Quand nous prenons refuge ou que nous utilisons les sons sacrés, les mantras, nous nous relions au monde de la lumière des bodhisattvas, par compassion ils font descendre leur lumière dans notre cœur et le purifie. On dit en Inde qu’un mantra ne devient vraiment complètement efficace que lorsqu’on l’a répété cent mille fois multiplié par le nombre de ses syllabes. Donc un mantra de dix syllabes doit être dit un million de fois pour être vraiment efficace.
Il est indispensable d’avoir un autel chez soi avec un tapis de prière, c’est comme un point d’ancrage entre la terre et le ciel comme le lieu appelé tokotama dans les maisons japonaises traditionnelles.
Sur cet autel on fait des offrandes de nourriture dans des tasses disposées devant les statues de Bouddhas. Pendant le rituel on demande aux Bouddhas de descendre sur l’autel et de les accepter par compassion, ainsi nous offrons symboliquement ce que nous sommes intérieurement pour qu’ils nous aident. Prier, méditer, ce n’est pas fabriquer des qualités par soi même, il ne faut pas être fier ou confiant dans la force de sa pratique, c’est de l’orgueil. Ce sont les Bouddhas qui nous libèrent de nos peurs et de nos passions, les qualités altruistes apparaissent et s’expriment ensuite spontanément.
4) L’empathie :
Ne pensez qu’à soi est le plus sûr moyen de se sentir seul et d’être malheureux, pour vivre heureux il faut développer l’empathie et agir avec compassion et cela produira l’ouverture du coeur.
Avoir une certaine expérience personnelle de la souffrance permet de comprendre celle des autres sinon leur désespoir ne fait que nous importuner. Vouloir soulager la souffrance c’est la compassion, le résultat d’un acte altruiste permet l’ouverture du cœur.
Nous ne pouvons recevoir de la vie que selon notre ouverture de cœur, plus il est ouvert plus il peut ressentir de la joie et du bonheur. C’est en pensant à rendre les autres heureux que nous le serons nous même parce qu’il y a un échange, un cadeau qu’ils nous font à ce moment là.
On ne peut soulager la misère de tout le monde mais souvent la principale cause de souffrance vient du sentiment de solitude, beaucoup de gens se suicident parfois très jeunes après un abandon, ils ont l’impression de n’être rien pour personne. Une parole amicale ou un sourire peuvent alors y remédier facilement et cela ne coûte rien ! Pensez à être généreux en sourires et en paroles aimables. Quel merveilleux cadeau vous faites à ce moment là ! Les autres vous regarderont d’abord avec surprise, peut-être avec méfiance, peut-être penseront-ils « Celui là, il est trop poli pour être honnête ». Mais finalement s’ils s’ouvrent, ils penseront que vous êtes un brave type et ils vous enverront une petite lumière de sympathie dans le cœur que vous engrangerez. Alors avec le temps toutes ces petites graines de lumières vous éveilleront et c’est vous qui aurez reçu le plus.
Pensons nous souvent à ceux qui ont fabriqués nos vêtements pour des salaires de misère et parfois qui meurent parce que leurs patrons se fichent de leur sécurité ? Dire, merci, merci, merci, c’est la manière dont nous pouvons nous sentir solidaire avec eux et aussi avec toutes les forces de l’univers, c’est ainsi que nous développons la reconnaissance qui nous ouvre sur le monde et le désir de servir,la compassion.
De même dans l’autre sens nos parents, nos maîtres, nos amis parce qu’ils nous aiment et que nous les aimons, créent autour de nous une ambiance chaleureuse qui agrandit les limites de notre cœur et nous relie au reste du monde. Cet amour contribue à notre approche de l’illumination, c’est pourquoi mon maître disait ce n’est pas nous qui vivons ce sont les autres qui nous font vivre.
Pour être heureux, cultivons des relations humaines courtoises et amicales comme le dit le sage Confucius et ainsi nous plantons dans notre vie des graines de bonheur.
Confucius recherchait la sérénité quelque soient les circonstances, un jour qu’il avait faim et était entouré d’ennemis, il joua du luth.
Ce qui donne un sens à la vie, une assise au ciel même si on manque de tout ici bas, c’est la recherche de la nature de son esprit. Un poète a dit : « J’ai deux vies, l’une que j’imagine l’autre que je subis, celle que j’imagine m’aide à vivre celle que je subis ».
La nature de l’esprit est la perception de la lumière qui circule à l’intérieur de son propre cœur, on peut parvenir à la voir par diverses voies, ce qui compte c’est de persévérer.
Un religieux cherche la vérité, un artiste recherche la beauté, ils marchent tout deux vers leur idéal intérieur, ils se cherchent eux-mêmes, ils s’affinent à travers les épreuves qui sont nécessaires car la souffrance oblige à s’approfondir.
Si malgré tout, on persévère soit dans son art, soit dans la prière sans se fâcher contre Dieu, on passera des portes. On s’oubliera soi-même, soit à la recherche de la beauté, soit pour le service du pays, soit dans la contemplation du vide lumineux, mais on s’oubliera dans la recherche de son idéal. C’est l’amour de quelqu’un ou de quelque chose qui nous transcende.
Aimer, c’est s’émerveillez devant la beauté de la vie. La beauté d’une femme permet de méditer sur l’amour sensuel qui est une approche de l’amour divin. La joie et le bonheur des gens qu’on sauve ou qu’on guéri nous rempli le cœur d’amour. Percevoir la vacuité paisible immense lumineuse dépasse toutes les limites et dissout les catégories de l’esprit duel, c’est cela aimer, c’est s’oublier.
5) La générosité
Un savoir théorique comme « Tout est un », ne suffit pas pour agir avec sagesse et générosité car il y a une inertie interne instinctuelle qui pousse à agir comme d’habitude, de manière égoïste.
C’est sur les actes que l’on juge quelqu’un, pas sur ses belles paroles. La volonté d’accomplir une action généreuse va immédiatement rencontrer les obstacles intérieurs, l’indolence, la cupidité, le mépris des autres etc. Toutes les bonnes raisons que l’on se donne de penser d’abord à soi et de ne pas se préoccuper du reste vont se manifester, elles seront renforcées par les réactions de l’entourage qui ne fait rien et n’accepte pas de sentir remis en question son égoïsme. Payer de sa personne dans la vraie vie est beaucoup mieux pour se changer que des tonnes de savoir théorique, cela éveille les démons cachés au fond de soi qu’il faut liquider.
Une histoire raconte qu’un homme avait été sauvé après sa mort, de l’enfer non pas pour son savoir, ses prières ou divers bons actes religieux mais parce qu’un jour qu’il faisait très froid il avait recueilli contre sa poitrine un petit chaton pour le réchauffer. Tout ce que nous pouvons faire d’utile et de généreux pour aider les autres concrètement c’est à nous même que nous le faisons et cela nous apportera une joie et une expérience humaine irremplaçable.
C’est en donnant que nous recevrons, en aimant que nous serons aimés, en servant les autres dans le quotidien que nous nous détacherons petit à petit de nous même. Faisons du bien sans calcul, ni attente de réciprocité. Nous accordons trop d’importance aux biens de ce monde pour nous apporter le bonheur, c’est pour cette raison que nous nous comportons de manière avide. Le bonheur, c’est les autres qui nous le donne parce qu’ils nous aiment, ils épanouissent notre cœur en pensant à nous avec tendresse. Il y a beaucoup de manière de témoigner de la générosité dans le monde concret ou dans l’invisible. La prière pour aider et protéger celui qui souffre, cela peut être aussi un beau cadeau dans un moment difficile. A chaque fois que nous sortons de nos petites préoccupations pour penser aux autres avec générosité nous nous illuminons intérieurement. Nous avons oublié que notre vraie nature est une étincelle de lumière qui vit dans une autre dimension. Ce n’est que de temps en temps que l’on prend un corps humain pour affiner cette lumière intérieure, il n’y a rien de vraiment important à attendre ici bas.
6) Contrôler les pensées.
Si vous pensez à quelqu’un que vous aimez, vous sentez votre cœur devenir chaud, lumineux et léger, si vous pensez à quelqu’un que vous détestez, vous sentez votre cœur devenir lourd, dur, froid, sombre.
Le type des pensées que nous entretenons d’habitude en nous est le carburant qui nous fait fonctionner et selon sa qualité il laisse des traces dans notre organisme. Notre visage est marqué à la longue par ce que nous pensons chaque jour. Les pensées dures et méchantes sont comme du goudron, les qualités intérieures de subtilité ne peuvent pas se développer, d’où un enfermement. Les gens méchants sont toujours insatisfaits, ils jalousent chez les autres la joie ou le bonheur qu’ils ne ressentent pas en eux même. Ils font leur propre malheur à cause de leurs pensées de mécontentement.
Par contre si nous sommes paisibles et aimants nous fonctionnons avec une nourriture de haute qualité et notre cœur comme un oiseau peut s’envoler très haut dans le ciel.
Notre personnalité rayonnera ce que nous sommes au fond de nous, cela retentira sur toute notre vie.
Le cœur s’ouvre progressivement s’il reste calme et serein. Plus il est ouvert et mieux la lumière descend du sommet de la tête dans les parties basse du corps.
Le Shingon enseigne que le degré d’ouverture du cœur exprime le niveau de réalisation de l’état de Bouddha. S’il est encore centré sur ce monde et sur le soi il s’agit de la pénétration du cœur de compassion, « Tsudatsu bodaïshin», puis la compassion se développe « Shu bodaïshin», puis elle atteint une certaine stabilité « jo kongoshin», puis cela devient manifeste de manière visible dans la vie elle change les gens autour de soi « Sho kongoshin ». Enfin on achève la construction d’un corps de Bouddha « Busshin emman ». Tous ces mots permettent à ceux qui ont la connaissance ésotérique d’utiliser les mantras afin de pénétrer de plus en plus à l’intérieur du cœur, cela revient à englober de plus en plus d’êtres dans son amour.
Au début, le cœur s’ouvre suffisamment pour purifier le mental et l’émotivité ordinaire.
Plus la pratique des mantras s’approfondit et plus l’énergie descend dans le ventre pour maîtriser les instincts la colère et la sensualité. Enfin si on devient stable dans le sentiment de bienveillance les centres d’énergie au niveau des pieds s’ouvrent, on commence à rayonner autour de soi et la vision profonde qui s’éveille alors remet la notion de soi et de ce qui lui appartient.
Les pensées expriment les sentiments qui sont reliés à elles par un type caractéristique d’énergie. Les pensées de la colère sont rouges, rapides, dures. Si on veut les contrôler il faut respirer à fond lentement pour laisser la pression redescendre. La tristesse demande de bouger le corps pour évacuer dans le sol les sentiments refoulés et ne pas les figer en soi sous forme de ressentiment ou de repli.
Vivre au rythme de la vie de la nature, des forêts, des fleurs permet de s’équilibrer et de mieux faire face aux stress. La chose essentielle à comprendre c’est que les pensées ne sont pas la réalité, c’est une représentation de notre manière de voir le monde, une forme fabriquée avec de l’énergie mentale par notre esprit. Les reconnaître comme une création de nous même et pas comme la réalité permet de changer notre monde intérieur consciemment. Celui qui prend l’habitude de jouer avec ses énergies internes maîtrise son esprit. Il l’oriente vers ce qui est subtil, lumineux, joyeux, aimant, ouvert sur le monde de manière généreuse.
7) le contact avec la vie de la nature
Nous avons oublié que nous appartenons à la vie de la nature. Nous nous mentalisons de plus en plus jusqu’à en perdre le sens des réalités. Les jeux vidéo hyper violents poussent parfois des jeunes instables à devenir des assassins qui tuent dans les écoles. Mais sans aller jusque là, les hommes qui travaillent beaucoup devant des ordinateurs, raisonnent parfois selon des modèles théoriques réducteurs qu’ils confondent avec la réalité. Ils perdent le sens du réel, une forêt, ce n’est pas des morceaux de bois mis les uns à côté des autres. C’est pour cette raison que nos comportements sont de plus en plus irrespectueux et destructeurs vis-à-vis de la nature et de ses équilibres. Sans le respect des forces de la vie, pas d’équilibre intérieur dans le cœur des hommes, pas de futur pour l’humanité. Ce n’est qu’en apparence que la vie suit la loi de la compétition, mais en fait elle privilégie les meilleurs dispositifs pour une évolution globale dans l’harmonie, avec l’apparition d’espèces plus d’intelligente. La philosophie de la vie, ce n’est pas « Que le meilleur gagne », c’est la solidarité car rien ne peut vivre seul « Un pour tous et tous pour un ». C’est les humains avides qui détruisent la biodiversité.
Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser.
Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation. Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs.
Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse. Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.
Pierre Rabhi, poète écologiste.

8) Abandonner sa volonté personnelle
La force du bouddhisme, c’est le noble idéal du bodhisattva, qui veut le bonheur de tous les êtres sans distinction de leur origine et ceci même au dépends du sien.
Ce n’est pas sur son intelligence discursive que l’on peut juger le niveau de réalisation de quelqu’un c’est sur sa compassion, sa gentillesse, sa douceur au quotidien et à la manière qu’il a d’aborder tous les petits soucis de la vie.
Prendre refuge avec foi dans les trois joyaux permet d’avoir des intuitions pour guider sa vie. Une chant Indien dit : « Rien n’existe, rien ne m’appartient, je ne suis pas le corps, pas le mental, je suis le moi suprême ».
Si nous abandonnons notre volonté à cette intelligence transcendante, nous serons aidé d’une manière mystérieuse, comme si tout arrivait au bon moment selon une sagesse qui nous dépasse.
Un mystique Indien Ramdas raconte dans ses carnets de pèlerinage de moine errant, comment il vivait, sans rien posséder, en confiant sa vie à Dieu.
Parfois Dieu veut ceci, parfois il ne veut pas cela, parfois il parait changer d’avis. Dans tous les temples de l’Inde où il va, Ramdas suit son inspiration et connaît des rencontres extraordinaires qui lui apportent le gîte et le couvert. Cela arrive aussi au Japon pendant le pèlerinage à pied des 88 temples de Shikoku, il y a des rêves et des rencontres qui font réfléchir et parfois des guérisons mystérieuses.
Cet abandon de la volonté personnelle est une étape de l’évolution spirituelle dont parlent tous les mystiques, cela parait difficile à accepter pour quelqu’un de rationnel. Pourtant si on a la foi tout vient au bon moment et on s’adapte à chaque instant. Ne pas être rigide a des avantages puisqu’on attends rien on reste sans déception, ni mécontentement, on garde la tendresse humaine et le sens de l’intelligence du moment.
Le monde des religieux est mystérieux, vu de l’extérieur un moine peut donner l’impression de vivre très seul, mais lui-même peut se sentir au contact d’une force qui oriente toute son activité avec justesse. Alors la compassion devient une action d’autant plus efficace qu’elle est inspirée.
La compassion de Fudo-myôô
Parfois il ne faut pas être bon, il faut être juste et donc sévère.
Dans le monde des affaires ou de la politique, les relations humaines n’évoluent pas sur le mode émotif et amicale, il y a des adversaires, des menteurs, des manipulateurs, des profiteurs. Dans ce cas la compassion ne doit pas être de la faiblesse, il faut la rigueur de Fudo-myôô pour durcir le cœur et lui donner de la précision dans l’action afin d’être irréprochable et poursuivre l’action efficacement.
Si dans un hôpital quelqu’un fait mal son travail ce n’est pas avoir de la compassion que de le garder, c’est juste être irresponsable et criminel pour les malades. De même si des parents cèdent à tous les caprices des enfants ils ne sont pas de bons éducateurs, plus tard ils le regretteront.
Il ne faut donc jamais laisser passer une erreur, il faut la corriger tout de suite parce qu’elle va s’étendre et passer à un autre niveau. Si par exemple on commence à fumer dans un lieu sacré, cela peut devenir une habitude bien ancrée qui va se généraliser et permettre encore d’autres abus. Si c’est accepté ici, alors pourquoi pas là-bas, pour corriger la confrontation est donc nécessaire car il est facile de chuter et difficile de monter.
Tout dépens du contexte et des buts recherchés, pour savoir ce qui peut être toléré ou pas dans une entreprise. Il faut de l’intelligence au cas par cas et une surveillance permanente avec des évaluations qui permettent de rectifier les erreurs.
Ce n’est pas être compatissant de dire que tout va bien quand les résultats ne sont pas là. Il faut observer pour comprendre ce qui ne va pas, sermonner s’il y a de la paresse et puis s’il y a récidive punir ou rejeter ceux qui ne sont pas à leur place ou qui ne veulent pas changer.
La vie est une compétition pour la survie, parfois la sévérité qui dit la vérité et pousse les individus à se dépasser, c’est la compassion. Il s’agit de former des hommes complets idéalistes et réalistes à la fois, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. Les qualités d’intelligence, de force, de courage seules, ne suffisent pas pour s’exprimer utilement, il faut de la sagesse pour savoir comment les utiliser pour faire du bien. Les seules bonnes intentions ne suffisent pas non plus, il faut aussi développer l’intelligence, la force et le courage pour qu’elles puissent se réaliser.
La rigueur est parfois nécessaire comme stimulant.

La compassion et Fukushima
Diriger un pays n’est certainement pas facile, il y a tellement de contraintes simultanées à remplir.
Le Japon n’a pas de ressources en minerai ou pétrole, il est entièrement dépendant de son commerce extérieur, sa richesse c’est la capacité de travail de sa population.
On comprend que le gouvernement ne veut pas désespérer les cultivateurs du Nord du Japon où la radioactivité est la plus forte. Ils ne sont pour rien dans la catastrophe de Fukushima, mais faut il continuer à vendre des produits contaminés à la population japonaise ou à l’étranger en sachant que dans dix ou vingt ans, peut-être même avant, des cancers vont se développer un peu partout dans les organismes ?
C’est un crime, contre les enfants qui sont particulièrement vulnérables aux radiations des aliments qu’ils absorbent et qui se fixent d’autant mieux dans leur corps, qu’ils sont entrain de grandir.
La compassion doit elle aller d’abord aux cultivateurs ou à la jeunesse et toute la population ?
L’avenir du Japon parait compromis si on ne gère les problèmes actuels que d’un point de vue économique. Qui fera tourner les usines ? Quels ingénieurs trouveront des processus nouveaux de fabrication pour vendre à l’export si la maladie ronge leurs forces et leur volonté et détruit leur cerveau ? Qui fera naître des enfants sains pour renouveler la population ?
Les effets de la radioactivité ne sont pas immédiats. Maintenant, 25 ans après Tchernobyl, en France et dans toute l’Europe les cancers de la peau et de la thyroïde se sont multipliés.
A la centrale de Fukushima, il y a une réaction nucléaire à l’air libre qui pollue chaque jour l’air et l’eau, ensuite les particules radioactives se répandent sur tout le Japon et aussi dans l’océan Pacifique.
La côte est contaminée et lentement la radioactivité touche aussi les côtes du continent américain. La durée de vie de certaines particules est très longue, par exemple pour le plutonium des milliers d’années, le Césium lui disparaîtra en 300 ans.
Fukushima risque de polluer lentement toute la terre, c’est donc bien un problème mondial et pas seulement japonais. Dix jours après l’explosion des centrales de l’iode radioactif était au dessus de Paris !
Le Japon doit obtenir l’aide du monde entier pour se protéger en construisant un sarcophage qui enferme le réacteur et empêche les émanations radioactives de continuer à se répandre.
C’est une évidence que le Japon ne peut utiliser l’énergie nucléaire à cause des tremblements de terre, il faut arrêter le nucléaire.
Deux ans avant Fukushima il y a eu un tremblement de terre à Nigata dans le nord du Japon et là aussi les grands tubes suspendus dans les cuves qui contiennent empilées les galettes de combustibles radioactif se sont cassés sous les secousses. Les galettes se sont répandues au fond des cuves et heureusement elles ne sont pas tombées les unes près des autres. Donc il n’y a pas eu de commencement de réaction en chaîne comme à Fukushima où la chaleur dégagée a fait fondre le fond des cuves.
On aurait pu alors réfléchir et décider avec bon sens de stopper les centrales en pensant qu’on avait eu beaucoup de chance mais on ne l’a pas fait, l’avis des ingénieurs compte peu devant celui des économistes ! Il n’était pas possible de revenir sur des investissements financiers nationaux importants fondés sur des contrats internationaux, la catastrophe était donc programmée.
Quand les groupes économiques ou de la finance dominent, ils deviennent autonomes et ne sont plus au service des hommes, c’est une inversion des valeurs qui conduit au désastre.
Dans une bonne intention, le gouvernement veut redonner l’espoir au pays par les jeux olympiques de Tôkyô, c’est une manière de dire : « Tout va bien, tout est redevenu comme avant ». C’est une manière de nier la réalité, mais le réveil sera cruel car les faits sont têtus. L’eau et l’air de Tôkyô sont fortement contaminés, l’eau vient des rivières qui coulent du Nord et marcher dans les rues signifie absorber des particules par les poumons qui se fixeront ensuite dans le corps. Ce n’est pas gentil de faire venir du monde entier des athlètes jeunes qui risquent d’être contaminés !
Des hommes de haute stature morale comme les professeurs Koïdé et Kodama et d’autres en France comme Bruno Chareyron de la CRIRRAD disent la vérité avec courage sur le risque nucléaire, leurs conférences sont sur le Net. J’espère qu’un jour, ils seront reconnus et récompensés pour leur grande compassion et leur sens éthique. Ils informent la population pour qu’elle se protège elle même et que le gouvernement prenne de bonnes décisions.
Personnellement, je pense que le plus important est de surveiller attentivement la qualité de la nourriture des plus jeunes. Les conditions de la radioactivité dans le pays ne changeront plus avant des centaines d’années, vivre au nord est devenu « plus » risqué. Autant que possible, il faudrait déplacer cette jeunesse vers le sud en créant des emplois dans un nouveau pôle industriel et culturel, par exemple à Shikoku, qui pourrait ainsi devenir une nouvelle capitale pour la population jeune du Japon.
L’amour et la compassion sont nécessaires à l’humanité,
Ce n’est pas un luxe, sans elle l’humanité disparaîtra.
Le Dalaï Lama

Yukai Senseï

lundi 8 juillet 2013

ETE 2013 - Programme estival de Kômyô-in

ETE 2013
Programme de Kômyô-in


Le premier dimanche de chaque mois

Rituel de feu dédié à Foudô-myôô pour le bonheur et la paix du monde,
Le karma personnel et collectif est purifié.


Le 18 août :  Cérémonie d’offrande aux esprits avides, « Ségaki »

Il s’agit de soulager la souffrance des esprits qui ont été très égoïstes dans leurs vies passées et qui maintenant souffrent de la faim.  Les mérites accumulés par cet acte positif sont ensuite dédicacés pour aider nos ancêtres et nos amis aujourd’hui disparus.
Prier ainsi en pensant au bonheur de tous nous protége des accidents et apporte richesse et longue vie.


Le 14 juillet : Cours d’art floral japonais , Ikébana

S’inscrire pour permettre d’acheter les fleurs : frais 15 Euros


Le 21 juillet : Cours de calligraphie par Eric Stephanelli , maitre dans cet art

S’inscrire pour acheter le papier et les pinceaux adéquats à cette pratique.


Le 15 septembre : Offrande d’eau parfumée devant le Bouddha

Cette cérémonie d’ablution d’eau sur une statue du Bouddha est un moyen traditionnel de recevoir la sagesse du monde supérieur et de se purifier de ses fautes.


lundi 29 avril 2013

Mark Schumacher reportage région Oïta

Ci joint un message qui nous est adressé par Maxime !  (merci)
Reportage réalisé par Mark Schumacher webmaster de l'excellent site onmark production
http://www.onmarkproductions.com/html/buddhism.shtml

gassho



Bonjour,
J'ai enregistré une émission de la NHK World (en anglais) sur des statues bouddhistes. Elle est présentée par Marc Schumacher du site Onmark Production. Cela peut être intéressant à partager sur le blog... ou pas.  Pour éviter les problèmes de copyright avec la NHK, j'ai mis l'émission en téléchargement ici: http://dl.free.fr/msrHhbLsK .
Amicalement
Maxime

lundi 18 février 2013

Hozan-Ji

Le Hozan-Ji est un très bel ensemble de temples et constructions situées au dessus de Nara. Le honzon est Fudo-Myoo, mais les fidèles viennent principalement y prier Kanguiten, le dieu éléphant, lointain descendant de la divinité Ganesh qui en union avec avalokiteshvara est dit exaucer tous les souhaits.
La pratique du Kanguiten qui est faite a Komyo In provient de cette lignée, Matsumoto sensei l'ancien Kantcho étant un des maîtres de Yukai et Yusen senseï.
Une des particularités est que les rituels d'huile sont pratiqués toutes les nuits et ne peuvent être interrompues sans raisons sérieuses.
Il existe un livre de Matsumoto Jitsudo dédié a cette divinité qui a été traduit en français aux ed Trédaniel. "Avec le bouddha"



Lien Hozan ji en français



lundi 28 janvier 2013


Le Toji est le temple dans lequel vécu et pratiquait Kobo daishi quand il était sur Kyoto.

Vous trouverez ci-dessous un reportage en japonais sur les statues qui composent ce mandala grandeur nature :

https://www.youtube.com/watch?v=i3UeAMWbE-Q

On reconnait au centre Daïnitchi nyoraï (Mahavairocana) se déployant dans les 4 dhyanis bouddhas, indra et brahma des divinités de l'inde, les 4 grands rois, les 5 divinités irrités principales (myoos) et les bodhisattvas.


Ce qui est peu banal et n'a pu se réaliser que par un concours de circonstances historiques, c'est qu'il en existe une réplique à une échelle réduite en France, précisément au musée Guimet, dans l'annexe japonaise qui se situe 19 avenue d'Iena.

L'accès à l'annexe est totalement gratuit pour tous !

http://www.guimet.fr/fr/pantheon-bhouddique/histoire-des-galeries-du-pantheon-bouddhique

Cdt
Komyo

jeudi 27 décembre 2012

La méditation qui change la vie A ji Kan


La méditation qui change la vie
A ji Kan

La vie moderne nous pousse à l’individualisme, les gens qui ne connaissent pas la loi du karma croient que pour réussir, il faut penser d’abord à soi-même, d’après eux c’est une attitude réaliste que d’être égoïste.
La contre parti de cet endurcissement intérieur face aux besoins et à la souffrance des autres est l’augmentation de la saisie dualiste de l’ego d’où une sensation d’enfermement, de solitude, de tristesse qu’aucun  bien matériel de ce monde ne pourra jamais satisfaire.
A l’opposé celui qui suit la voie du Bouddha purifie son cœur de ses passions, il agrandit sa compréhension du monde parce qu’il pense d’abord au bonheur des autres, c’est un esprit ouvert qui au lieu de ruminer du mécontentement et des désirs insatisfaits veut devenir stable comme Foudô-myôô. Le calme de l’esprit obtenu par une vie retirée de l’agitation stérile du monde lui permet d’affiner sa sensibilité et son univers intérieur s’agrandit lui permettant de communiquer avec la totalité de la vie. Résumons cela en disant que l’égoïsme et la dureté enferment sur soi, la bonté et la finesse d’esprit ouvrent le cœur et apportent le bonheur.
Avec le temps les conséquences de ces deux attitudes si différentes se renforcent sur le caractère et oriente l’évolution de la vie.
Pour quel idéal vivons-nous ?
Si en occident et en orient, il y a une désaffection de la jeunesse pour le religieux, c’est que les causes de dispersion sont devenues nombreuses, la société valorise les futilités, l’activité physique ou intellectuelle en déconsidérant la recherche intérieure contemplative.
Du point de vue de l’éducation, les parents pensent avant tout au seul bien être matériel et au développement intellectuel de leur enfant parfois considéré comme un roi.
Ils veulent sa seul réussite dans les études mais ils oublient parfois de lui enseigner des règles de savoir vivre élémentaires ou des principes moraux parce que cela parait désuet, voire de limitant pour l’épanouissement de sa  personnalité. Ce n’est pas un facteur de réussite personnelle pour un enfant que d’être élevé sans contraintes, sans frustrations, il risque de devenir un égoïste prétentieux qui ramène tout à lui et personne ne veut travailler avec ce genre d’individu.
Adolescent, il s’agit de découvrir le monde et c’est l’occasion de faire des expériences qui parfois salissent le cœur et il perd de sa sensibilité pour s’endurcir au contact de la vulgarité.
Même les dessins animés exercent très tôt une influence, les enfants veulent se sentir fort et ils ont des super héros. Il y a une quinzaine d’années un professeur m’a dit que le caractère des enfants dans les petites classes était devenu beaucoup plus dur.
Ils sont influencés par les modèles que les films, la télé et les jeux vidéo impriment dans leur subconscient. La croyance globale est que la vie est un combat entre le bien et le mal, moi contre les autres et qu’il faut donc être le plus fort et le plus malin.
Vouloir dominer c’est assez mesquin, cela ne rend pas sage et heureux et  cela ne donne pas un sens à la vie comme de vouloir faire du bien au service de l’humanité.
En quoi croyons nous ? Pour quel idéal serions nous prêts à sacrifier notre vie ?
Les anciennes générations ont été élevées avec un système de valeur plus paisible, enseigné par les livres de conte qui avait une fin juste, équitable où le respect de la vérité et la bonté envers les plus petits était récompensé. Il y avait la notion d’une intelligence bienfaisante supervisant chaque destinée, rétribuant le dévouement et châtiant la méchanceté.
Les héros antiques se sacrifiaient pour le bien de tous ou pour sauvegarder quelque chose d’infiniment précieux, le lien avec Dieu qui permet à la vie de s’exprimer harmonieusement  dans ce monde. Ils mouraient mais ils renaissaient à une autre réalité et devenaient immortels.
La vie, c’est la communication, mais pas celle où les hommes s’isolent devant leur ordinateur car ils se mentalisent et perdent la sensibilité du coeur. Rien ne peut remplacer le contact humain direct, l’expérience de l’amitié et de l’amour. Pour grandir intérieurement, il faut aimer et accepter de souffrir d’aimer.
Quand les hommes ont fait trop de mauvaises actions leur cœur se ferme complètement. Ils deviennent sourds et aveugles aux choses subtiles de la vie et ils pensent alors qu’elles n’existent pas. Ils se disent athées parce qu’ils ont besoin d’être rationnels, ils veulent croire pour se rassurer qu’ils peuvent tout faire avec leur intelligence et leur volonté, tout contrôler par la science. Le jour où ils sont malades ils commencent à se poser des questions mais il est alors trop tard.
Si la compréhension qu’on a du monde dépend uniquement de ce que les machines peuvent  mesurer, quelle limitation ! Au 21°siècle les progrès scientifique s’accroissent mais il y a une sorte de retour au moyen age au niveau de la sagesse. Ceux qui sont trop rationnels sont en fait très bornés, ils ne peuvent comprendre l’idéal des religieux qui recherchent la connaissance intérieure en  affinant la sensibilité de leur cœur. Cette recherche demande de maîtriser ses réactions instinctuelles et  de la lucidité pour remettre en cause ses croyances sur sa propre identité.
Kôbô-daïshi disait : « L’illumination, c’est connaître son cœur tel qu’il est ».
Le philosophe grec Socrate indiquait que sur le temple de l’oracle de Delphes était inscrit « Connais-toi toi même et tu connaîtras l’univers et les dieux ».
Les rencontres de la vie
Un petit gland peut-il comprendre toutes les étapes qu’il devra franchir avant de devenir un grand chêne ? La connaissance suprême c’est de réaliser que l’univers est un seul esprit au niveau ultime, Daïnitchi-nyoraï qui gère globalement la vie.
La grande compassion, c’est reconnaître sa présence dans tout ce qui existe même un insecte. En attendant d’atteindre la sagesse omnisciente du vide nous vivons dans la perception  de ce monde relatif et il convient de respecter les règles sociales pour y vivre ensemble en harmonie. Mais si nous savons que nous sommes tous unis par le cœur au Bouddha solaire, Daïnitchi-nyoraï, nous pouvons le remercier d’orienter notre vie et de choisir pour nous les rencontres qui feront mûrir notre cœur immature.
Si nous croyons que le Bouddha est dans chaque être, c’est se conduire en sage que de savoir écouter les avis même du plus petit qui peut nous prévenir de quelque chose d’important, parce qu’il a une autre vision sur la vie.
Ce n’est pas ce qui nous arrive qui est important, c’est ce que nous en faisons intérieurement.
Les expériences désagréables peuvent nous permettre de mûrir et de savoir ce qu’il faut faire ou dire pour être utile.
Méditer permet de prendre conscience de toutes les pensées qui agitent notre cœur.
Plus on approfondit la connaissance de soi même, plus on ressent les liens qui nous unissent avec la nature mais aussi avec tous les êtres dans les mondes visibles et invisibles.
Nous nous influençons constamment par la pensée, parfois en bien parfois en mal .
Si nous priions et méditons, nous pourrons plus facilement reconnaître les mauvaises influences parce que nous nous sentirons immédiatement mal à l’aise.
Nous aurons plus de force pour les rejeter comme des tentations et resterons toujours libre de choisir de faire du bien plutôt que du mal et notre destin s’en trouvera à la longue modifié.
Le test infaillible sur notre réalisation véritable de l’unité, c’est que nous  progressons dans le détachement en apprenant à pardonner les fautes des autres à notre égard. Même les méchants
Sont utiles pour développer nos qualités, en fait ce sont des amis venus nous purifier de notre mauvais karma.
Celui qui sait reconnaître sur le bord du chemin de sa vie des pierres précieuses s’enrichit, alors que les autres passent en croyant que ce sont des cailloux.  


Le sac des émotions
Nous ne sommes pas obligés d’être l’otage toute notre vie d’une enfance douloureuse, méditer permet de prendre le contrôle de son propre esprit et de devenir heureux de vivre, libre et conscient, responsable de ses choix.
Pour cela il faut s’alléger du sac des émotions refoulées qui étouffent notre joie intérieure.
Quand nous avons un choc dans la vie quotidienne, nous nous arrêtons spontanément de respirer par un mécanisme de défense pour rester lucide. L’apnée bloque et empêche l’émotion de nous envahir vers le haut, c'est-à-dire de submerger notre conscience.
On dit en français « J’ai été surpris, cela m’a coupé le souffle».
Par contre quand l’émotion monte et submerge la volonté, on peut entendre comme justification « J’ai vu rouge et je ne savais plus ce que faisais, c’est alors que j’ai frappé mon adversaire ». Il n’y a pas de frustration mais souvent après beaucoup de regrets.
Ne pas réagir à chaque agression peut être utile, vis-à-vis d’un supérieur irascible pour garder son emploi. Mais à la longue, une accumulation de blessures et d’humiliations peut amener à la dépression et pousser à des attitudes suicidaires, alcoolisme, accidents à répétition, automutilation etc. Nous ne pouvons pas nous aimer nous même, si tout le monde nous renvoie une image négative et si nos meilleures intentions sont mal interprétées.
Des expressions comme, «  j’en ai plein le dos », « j’ai gardé cela sur l’estomac » signifient qu’on ne peut plus supporter une accumulation d’émotions non exprimées. Parfois il vaut mieux quitter un conjoint tyrannique ou un travail où l’ambiance est malsaine plutôt que de devenir ou de rester  malade.
Dans certaines situations, il n’y a pas de bon choix possible, soit on perd quelque chose de matériel, soit on perd le respect de soi même en abandonnant ses principes moraux, ou des repères affectifs etc. Par exemple quand le patron oblige les employés à mentir et être malhonnêtes sous peine de perdre un avantage social ou leur emploi, ou encore quand il y a des infidélités conjugales et qu’on fait semblant de ne pas savoir pour préserver la stabilité familiale à cause des enfants.
Souvent le subconscient sait des choses que le conscient refuse de voir mais le corps lui réagit plus directement, des maladies de peau peuvent apparaître (Psoriasis) ou des douleurs du dos ou plus grave encore une dépression qui pousse au suicide, parce qu’il y a pas d’écoute, de dialogue, de respect et pas d’autre solution que de partir.
Les rêves de la nuit qui suit un choc ou un conflit permettent de se libérer d’une partie de ses tensions en imaginant des solutions ou des compensations, mais parfois il y en a trop, trop souvent, ou trop graves.
Parfois les émotions se fabriquent à posteriori par l’imagination, elles ne s’appuient sur aucune réalité historique. « Et si à ce moment là, le chien avait mordu ma fille ?», Le chien ne pensait qu’à jouer gentiment, mais certaines gens sont de vrais experts pour faire leur propre malheur en ruminant des pensées de peur, de haine qui les empoisonnent autant que si elles étaient fondées sur des faits réels et ainsi ils peuvent justifier leur tyrannie protectrice auprès de leur proche.
Parfois des émotions quand elles sont accumulées et refoulées pendant longtemps peuvent s’organiser pour créer des angoisses qui vont être déplacées dans des situations très variées, comme la peur de rouler en voiture, de prendre l’avion  ou d’être enfermé dans un ascenseur etc. Ainsi on oublie la cause véritable du stress, et on continue à subir. Une émotion peut avoir une vie autonome et déformer la manière de percevoir le monde parce qu’elle peut être stockée par le cerveau droit qui pense par analogie. Il peut faire des rapprochements illogiques et créer des réactions émotives disproportionnées devant des faits mineurs mal interprétés. Les gens très rigides psychologiquement ont beaucoup de principes moraux, ils sont dirigés par leur cerveau gauche rationnel, coupés de leur inconscient émotionnel, ils ont souvent occulté leur passé culpabilisateur et ne comprennent pas pourquoi ils réagissent par des bouffées de colère ou d’angoisses incontrôlables dans certaines situations.


Le remède de la méditation
Le Shingon enseigne la méditation sur une image simple, une lune blanche sur un fond noir.
Il est donc facile de se concentrer en même temps sur un point à deux travers de doigts en dessous du nombril tout en ayant en continue une respiration abdominale lente et profonde. Cette respiration appelée « Su soku kan» fait circuler l’énergie vitale dans le ventre qui est une sorte de cerveau émotionnel où sont refoulés des événements douloureux parce qu’à l’époque nous n’avions pas les moyens ou la maturité pour y faire face.
Maintenant ces regrets, tristesses ou colères rentrées continuent à agir sur notre psychisme et notre corps comme un poison qui peut à la longue rendre malade.
Chaque type d’émotion réagit plus à certains points du corps, par exemple la tristesse atteint les poumons, la colère le foie etc.…
Pour s’en débarrasser, il suffirait de parler mais c’est difficile de trouver quelqu’un d’attentif et de confiance et nous préférons cacher ce qui nous a fait mal plutôt que de le revivre. Souvent nous avons honte d’avoir subi des sévices sans réagir.
La méditation sur la lune est un remède merveilleux pour se libérer soi même. Après vingt minutes environ, le mental s’ennuie parce qu’il manque de nouvelles informations. Comme il a horreur du vide, il va créer de l’agitation en faisant resurgir du subconscient des émotions oubliées de longue date. Elles apparaissent sous formes d’images qui se superposent à l’image de la lune. La méditation doit nous permettre d’accueillir sans jugement tout ce qui monte à la surface, il ne s’agit pas de les nourrir par de nouvelles ruminations affectives, des regrets etc. mais de les considérer comme des rêves, des constructions du mental illusoires en recentrant toujours l’attention sur l’image de la lune devant soi et en continuant la respiration lente et profonde en dessous le nombril qui agit comme un soufflet.
Les émotions et les souvenirs montent puis se dissolvent les uns après les autres en quelques minutes comme de la vapeur qui sort d’une cocotte minute. Une émotion libérée fait de la place pour une qualité qui apparaît, son  énergie vitale va alors éveiller le sommet de la tête pour devenir une qualité transcendante.
Il faut du temps pour vider entièrement son esprit comme on vide une poubelle, des mois, peut être quelques années. Mais c’est un moyen très agréable qu’on peut utiliser toute sa vie pour s’harmoniser soi-même chaque jour après le travail.
Les gens croient que méditer sur le vide, consiste à ne plus avoir de pensées.
C’est vrai qu’il est possible de calmer l’esprit à un point où il n’y a que de la lumière pure, mais après une longue pratique de plusieurs années ! Pour des débutants, il est normal que des souvenirs remontent à la surface, c’est le signe que le travail de nettoyage commence à être efficace. 
La méditation est le remède qui permet un grand nettoyage en profondeur du subconscient.
C’est une psychothérapie merveilleuse qui transforme la relation à la vie. La confiance en soi revient et on devient disponible pour de nouvelles expériences. Matsumoto senseï disait qu’en priant on enlevait les lunettes au verre coloré de l’insatisfaction.
Stabiliser l’esprit par la pratique des cinq éléments
D’après les enseignements bouddhistes tout l’univers est composé de cinq éléments.
Ce sont les cinq éléments, la terre, l’eau, le feu, l’air et l’éther qui ont chacun une forme et un son symbolique.


La terre un carré jaune et la lettre « A », l’eau un cercle blanc et la lettre « BA », le feu un triangle rouge et la lettre « Ra », l’air un demi cercle noir et la lettre « KA », l’éther une boule bleu ou de couleurs mélangée et la lettre « KYA ».
Dans le Shingon, on imagine que ces cinq lettres sont disposées dans le cercle de la lune et on peut les répéter soit une lettre après l’autre soit les cinq lettres de suite en imaginant qu’elles tournent dans un sens ou dans l’autre dans notre coeur.
Le but de la pratique est de décomposer l’énergie de chaque élément perturbateur, désirs, souvenirs douloureux, obsession, etc. en chacun des cinq éléments pour effacer sa charge émotionnelle. Un événement bon ou mauvais n’existe dans notre mémoire que si on lui accorde de l’importance sinon on l’oublie. Tout est dans notre manière d’enregistrer un souvenir, en changeant son écriture on modifie l’émotion qui va avec et on obtient la paix.
Par exemple, si un texte littéraire nous émeut mais qu’on lui enlève toutes les lettres « a »,  il va devenir difficile de s’y attacher. Si un tableau montre un incendie de manière dramatique, il suffit de changer la couleur rouge des flammes en bleue et il devient moins crédible.
Pouvez vous imaginer une image terrifiante ou triste uniquement avec des couleurs pastelles jaune, roses et bleues ? C’est impossible car la souffrance et la peur sont crées avec des couleurs très marquées, noires, rouges, vertes foncées avec des sensations de dureté, de coupure et des sons rauques ou disharmonieux.
La méditation va libérer toutes les tensions en changeant seulement les énergies internes, elle agit comme une douche qui enlève les couleurs agressives. Il n’est pas nécessaire de vouloir revivre des souvenirs concrets consciemment, ce n’est pas de la psychanalyse, on deviendra plus heureux sans savoir pourquoi. Le sombre triste lourd s’en va, le clair joyeux léger vient par décoloration globale.
Les mantras agissent comme ces cinq éléments, ils ouvrent des portes à différents niveaux du corps en haut et en bas. Ils font circuler les énergies et remobilisent toutes les pensées ou les émotions  enfermées dans le cerveau émotionnel du ventre pour provoquer des crises de doute ou des larmes, pendant les périodes d’ascèse. Quand cela se produit, c’est très bon signe, le travail agit, même si c’est désagréable sur le moment.
Les mantras transforment non seulement l’énergie en soi et mais agissent aussi à distance chez les autres et si par exemple on se concentre sur des souvenirs douloureux en se rappelant le visage des gens qu’on déteste et en souhaitant malgré tout leur bonheur, petit à petit tout va être gommé, et on deviendra indifférent, puis on pardonnera. Enfin, il y aura une réaction positive chez ceux qui nous ont faits du mal, difficile de dire laquelle mais on peut penser qu’elle sera une ouverture et que la situation évoluera. Le père pardonnera, les enfants comprendront les faiblesses de leurs parents, tout est possible et mystérieux, surtout si on prie Kangi-ten qui agit en profondeur sur le cœur.
Ascèse dans la nature
Un texte initiatique « la table d’émeraude » dit « Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire le miracle d’une seule chose. Toutes ces choses sont nées de l’un par adaptation. Le soleil est le père, la lune la mère, le vent l’a porté dans son ventre, la terre est sa nourrice ».
La nature n’est pas de la matière inerte, des cailloux et du bois sans âme, c’est le corps vivant du Bouddha, en s’unissant à ce corps cosmique appelé Dharmadatu on se libère de ses imperfections et on se recharge dans le grand courant de la vie.
Ils existent beaucoup de pratiques de purification au Japon par des ascèses physiques, longue marche dans des montagnes sacrées, ascension, aspersions d’eau froide sous les cascades ou dans la mer en poussant de grands cris. Parfois en hiver, je vois des gens marcher la nuit pieds nus sur le sol glacé du temple de Hôzanji en répétant le mantra de Kangi-ten et ils saluent à chaque fois qu’ils passent devant le honzon. Il s’agit toujours de mobiliser les énergies du ventre par un exercice physique sévère et ainsi de briser les obstacles émotifs qui bloquent la remontée des énergies vitales vers le sommet de la tête.
Si on pratique la méditation sur le vide chez soi avec régularité et constance comme un train qui passe chaque jour à la même heure, en renonçant à sortir dans le monde pour se distraire c’est déjà une grande ascèse, surtout si on y associe de faire des prosternations pour mobiliser le corps. On peut aussi nettoyer le temple avec un balai, une serpillière et de l’eau et répéter des mantras. Tout peut devenir un acte magique cela dépends de notre foi et de la profondeur de notre vision.
Près du temple de Hôzanji à  Ikoma, plusieurs cascades célèbres sont appelées par des noms de dragon, et plusieurs fois, j’ai fait des brefs séjours dessous la douche glacée en hiver tout  en répétant le sutra Hannya shingyo.
Après, on se sent bien et j’ai l’impression que cela permet d’atteindre des zones difficiles à nettoyer dans le subconscient, c’est sans doute l’effort de supporter la douleur qui compte.
Il faut quand même pas exagérer et ne pas rester trop longtemps et si possible prendre un bain très chaud après pour relancer la circulation sanguine en soi, sinon on risque de devenir malade. Si les ascèses donnent des fruits dans le monde concret c’est parce qu’elles sont la manifestation d’une maturité intérieure qui a construit dans l’invisible des corps de lumière. Ceux-ci se manifestent ensuite en modifiant l’environnement du lieu de manière mystérieuse par affinité énergétique. Si on entretient une pensée en bien ou en mal à la longue elle se matérialisera. Tout vient au bon moment à qui sait attendre et il vaut mieux travailler sur soi  plutôt que de se plaindre et d’accuser le monde entier d’injustice.
A la longue nous avons ce que nous méritons, si cela tarde à venir il faut chercher en soi ou dans son environnement les facteurs limitants qui empêchent le succès. Il faut être clair dans ses objectifs, qu’il n’y ait pas une partie en soi qui veut une chose et une autre, une autre chose surtout si elles sont incompatibles. Notre énergie est limitée, nous ne pouvons tout faire et tout avoir en même temps, il faut donc savoir ce qui est pour nous le plus important. Les échecs viennent souvent d’une mauvaise manière de concevoir la relation aux autres. Par exemple dans une entreprise, un besoin de domination d’un cadre peut faire fuir les meilleurs éléments et faire venir les faibles soumis, sans force de caractère donc sans esprit créatif ou responsable.
Pour se transformer intérieurement ou réussir dans une activité mondaine, il faut mobiliser toutes ses forces et « Tenir l’ascèse». Si on pratique avec constance malgré le froid, la maladie, la douleur, la faim, le manque de sommeil, le mépris et les calomnies des imbéciles qui ne font rien et qui souhaitent nous voir échouer juste pour justifier leur inertie, le karma se dissout et il se passe de grandes choses dans le cœur.
Le monde des Bouddhas se révèle et le succès dans le monde vient peu après.
Faire des vœux est une activité qui oriente l’énergie de l’esprit pour le présent et le futur, c’est très important de faire des vœux pour le futur. C’est comme planter des racines de plantes qui vont apporter le bonheur et d’heureuses rencontres plus tard.
Pendant les rituels on fait les cinq grands voeux : « Je fais le vœu de sauver tous les êtres vivants , de pratiquer les six paramitas, d’apprendre les vérités du dharma , de servir tous les bouddhas , d’atteindre l’illumination non seulement pour moi mais pour aider tous les être»
Concernant ma propre vie, je pense que j’ai du faire dans mes vies passées souvent le vœu de toujours pratiquer le dharma auprès des grands maîtres bouddhistes. Bien que je sois né en France, à un moment tout s’est organisé d’une manière mystérieuse pour me faire rencontrer le Shingon. Les amis, les livres, les statues, les objets de rituel et surtout les meilleurs maîtres, tout est arrivé au bon moment mystérieusement. C’est rare et précieux de rencontrer des vrais maîtres qui enseignent des rituels secrets. Il faut qu’ils voient plus loin que nos défauts actuels et connaissent les secrets de votre cœur pour nous faire confiance.

Le sens de l’unité
Les quatre qualités appelées incommensurables qui définissent l’idéal du saint bodhisattva sont la bonté, la compassion, la joie, et l’abnégation, elles reflètent la valeur réelle d’un individu quelque soit sa religion bien mieux que tout diplôme ou titre honorifique.
Pourtant elles ne peuvent s’exprimer pleinement sans la plus importante de toutes les qualités, le sens de l’unité. C’est parce que nous ressentons intuitivement notre identité avec les autres que nous éprouvons pour eux des sentiments positifs et que nous ne pouvons supporter de les voir souffrir sans vouloir leur venir en aide.
Le mental cherchent les lois scientifiques qui organisent la matière, il reste dans la dualité et ne développe pas forcément la compassion. Un proverbe dit : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme».
La sagesse de la vision du cœur trouve l’origine de tout dans la vacuité et cela développe le sens de l’unité.
Le philosophe grec Platon  décrit la situation d’un homme assis dans une caverne, il regarde vers l’intérieur, derrière lui passent beaucoup de gens, des animaux, des choses mais comme il leur tourne le dos il ne les voit pas vraiment.
Il ne voit que leurs ombres projetées par le soleil sur le fond de la grotte et il cherche à comprendre ce qu’il voit.
Pour comprendre le monde tel qu’il est vraiment il faudrait qu’il se retourne sur lui-même mais il ne le fait pas parce qu’il est fasciné par les apparences de ces images, il veut les comprendre dans leur diversité. Il ne voit pas l’image du soleil unique qui est à l’origine.
Tant que nous regarderons le monde vers l’extérieur au lieu de nous retourner pour voir la luminosité de notre propre cœur de Bouddha, nous resterons dans la dualité.
Nous penserons par différence, le dedans et le dehors, moi et les autres, le bien et le mal, les hommes ordinaires et le Bouddha. C’est un point de vue mondain superficiel car l’océan n’existe pas sans ses vagues et les vagues sans l’océan. Pour atteindre l’illumination il faut sortir du cadre de tous les conditionnements mentaux, et  vivre sa vie selon le principe d’égalité.
Même la compassion doit être associée à la connaissance de la réalité ultime sinon elle devient de l’émotivité qui attache au monde des formes illusoires. Selon un passage du dictionnaire bouddhique Hobogirin : « Il y a deux voies pour les bodhisattvas : Celle de la compassion et celle du vide. L’esprit de compassion leur fait prendre en pitié les êtres et ils forment le vœu de les sauver ; mais l’esprit de Vide détruit cet esprit de compassion ». 
Sortir du dharma mondain, c’est percevoir la nature ultime des choses, leur vacuité lumineuse et voir sur le très long terme, l’évolution de la vie en s’émerveillant. Un médecin cancérologue a qui je disais : « Comment faites vous pour supporter toute cette souffrance ? » me répondit : « Je leur suis utile. Vie ou mort, c’est naturel de naître, c’est naturel de mourir, c’est une expérience»
Tout est une occasion de développer l’équanimité, le lâcher prise, tout est l’expression du Bouddha et digne de respect, pas besoin d’être de parti pris pour quelque chose ou nationaliste pour affirmer sa force. Le Bouddha n’est pas français ni japonais, c’est la force de vie de l’univers, vide, calme, joyeuse, brillante, lumineuse.
Restons comme le miroir qui reflète des images très différentes mais lui-même n’est pas influencé par elles.
 Méditation sur la lettre « A »
Dans le Shingon on médite sur l’image d’un disque de lune, un lotus est dessiné dedans avec la lettre A dorée posée dessus symbolisant Daïnitchi-nyoraï.
Ce type de méditation est appelé « pratique du A ji Kan.
On regarde longuement la forme de la lettre qui a été dessinée par les grands maîtres du passé en respirant lentement de nombreuses fois avec le bas du ventre tout en répétant le son de la syllabe « A » à mi voix pour purifier les voiles du mental .
Cette syllabe « A» est le son mère de tout les mantras et elle est vénérée dans toutes les religions. Elle commence beaucoup de mots sacrés et des mantras.
Elle est le son qui fait la jonction entre la forme et le sans forme et elle permet d’ouvrir toutes les portes à l’intérieur du corps, c’est une clef universelle.
La lettre A se trouve dans le lotus au milieu du mandala du Taïzo-kaï .
La pratique de purification du « A ji kan » est très importante dans le shingon, elle permet d’atteindre le dharma extra mondain au de là des formes et des pensées.
La méditation consiste à se concentrer d’abord sur la forme de la lune, puis juste sur sa luminosité brillante. Quand l’image de la lune occupe tout notre esprit, elle tend à fusionner avec notre propre cœur dans la poitrine. La lune devient notre propre esprit, ce processus de fusion s’appelle faire« Nyu-ga-ga-nyu ».
Pendant l’initiation de Kanjo du Shingon, le maître montre un miroir rond en disant : « Tout les dharmas sont une création de l’esprit».
Si on voit la lune comme un miroir qui brille dans notre propre cœur, on réalise que nos pensées sont les reflets de notre propre esprit, elles n’ont pas d’existence stable.
C’est comme quand on regarde un film sur l’écran de la télévision quand le film s’arrête il ne reste que la seule chose réelle stable, l’écran blanc de la télévision non coloré par une image.
Si on comprends combien les pensées enferment notre compréhension du monde dans la caverne de nos cadres mentaux, on peut avoir envie de s’en libérer pour connaître la vérité.
Passer du dharma mondain au dharma extra mondain par la méditation consiste à ne pas colorer l’esprit, à rester le plus longtemps possible sans désirs, sans pensées, sans volontés de comprendre ou de faire quelque chose, juste garder son esprit en paix sans tension et ainsi percevoir des niveaux de plus en plus subtil de ce vide.
Pour progresser dans la pratique du « A », il faut être guidé par un maître dans les mondes invisibles et de recevoir des enseignements à travers des rêves ou des visions.
La pratique du mikkyo consiste à comprendre par l’étude de la symbolique comment adapter les mantras les uns avec les autres pour ouvrir des portes. C’est très secret et chacun doit tracer sa propre voie et reçoit des enseignements selon son niveau d’implication intérieure.
Un proverbe de l’ésotérisme occidental dit ; « Ceux qui savent se taisent, ceux qui parlent ne savent pas.»
Ainsi on avance pas à pas dans les étages supérieurs du stupa intérieur vers le sommet de la tête. En suivant la voie de l’ascension de la montagne de l’éveil, l’homme de tête peut facilement  tomber dans les pièges nombreux et subtils tendus à son ego. Aussi, chaque jour il doit commencer par remercier le maître et le Bouddha de le protéger quoiqu’il arrive et inspecter sans cesse son esprit  pour ne pas le laisser s’égarer dans des relations ou des désirs inutiles ou perturbants.
C’est ainsi seulement que l’on peut préserver en soi la paix et continuer à avancer dans la connaissance de son propre esprit.
La clarté de notre esprit
Pendant l’initiation de Kanjo du Shingon, le maître montre un miroir rond en disant : « Tout les dharmas sont une création de l’esprit».
Quand on imagine un miroir plat dans la poitrine, on s’intériorise spontanément parce qu’on pense en deux dimensions. Toutes les images qu’on voit dans la vie sont des reflets provisoires sur le miroir de l’esprit, elles sont illusoires parce qu’impermanentes
Le réel, c’est la clarté brillante du miroir, la clarté de l’esprit qui est stable que les pensées soient bonnes ou mauvaises .
Cette luminosité, vide de toute forme et sans parti pris est l’esprit du Bouddha Daïnitchi-nyoraï, elle est dans le cœur de tous les êtres même si elle s’exprime de différentes façons dans le monde concret.
On l’appelle aussi la nature de l’esprit, l’esprit tel qu’il est avant que le mental commence à conceptualiser. C’est comme le fond de tain du miroir qui renvoie de la lumière sans être perturbé par les images de différentes couleurs qui passent dessus.
Tant que nous ne figeons pas notre esprit dans une idée ou un désir, il reste vierge, disponible au contact de la vacuité, dès qu’une idée ou une passion apparaît, il se densifie puis se fige dans une image ou une sensation sur laquelle nous allons réfléchir.
Un disciple demandait à un maître zen combien de temps il lui faudrait méditer pour atteindre l’illumination : « Une semaine ». Tout content il dit alors « et si je fais beaucoup d’effort, combien de temps ? ». Le maître dit  « Un mois ». Le disciple comprit alors que la volonté est un facteur de limitation, ce qui est important c’est le détachement du but.
Nous pouvons répéter beaucoup de mantras, des sutras, faire des ascèses et nous resterons dans la dualité si nous le faisons pour des buts mondains, nous figerons notre esprit.
Pour connaître l’illumination, il faut avoir du recul vis-à-vis de soi, ne pas être trop volontaire développer plutôt le sentiment d’abandon et de reconnaissance. Les différentes pratiques n’ont qu’un but, développer le sentiment de l’unité par l’action de grâce.
Quand j’ai fait pour la première fois l’ascèse de goumonji, mon maître Aoki Yuko m’a dit : « Souvenez vous que ce n’est pas vous qui faites l’ascèse, c’est le Bouddha qui le fait à travers vous» et remerciez ».
Si nous mettons trop notre confiance dans nos efforts, nous deviendrons orgueilleux d’avoir  fait des choses difficiles, l’orgueil est le pire des pièges qui fige l’ego dans l’idée qu’il se fait de lui-même. Il empêche d’atteindre l’éveil, la spontanéité de l’intuition dans chaque situation.   
La répétition de la Prajna-paramita est une autre voie pour aller au-delà des différences et de retrouver l’unité de tous les phénomènes dans la vacuité, l’esprit se libère de la caverne des cinq skandas ,les conceptualisations, les volontés, les pensées , les désirs ,les formes.
Cette sagesse épanouit la sensibilité du cœur et l’énergie devient fluide, très volatile ce qui lui permet de deviner plus facilement les états d’âme de ses semblables en les ressentant en soi.
Plus on pratique et plus les limites du corps s’estompent, on fusionne avec la vie de la nature et tout ce qui existe.
Il faut faire attention à ne pas devenir trop sensible et vulnérable aux pensées et perturbations des autres et répéter aussi le mantra de Foudomyôô pour se renforcer.
La paix intérieure
Quand le cœur s’est purifié d’abord des voiles des émotions et puis des pensées qui le rendent rigide, il atteint un état de paix stable où il ne cherche pas à  tout contrôler ou tout comprendre par le mental. La vision profonde se développe et permet d’accéder à des niveaux de plus en plus subtils de l’esprit et l’agitation du monde lui apparaît vaine et superficielle.
Il cherche plutôt la tranquillité pour protéger son esprit des pièges et des mauvaises influences du monde, les maras.
Ainsi les sens intérieurs s’affinent et la vision des yeux spirituels s’approfondit dans d’autres dimensions d’existence que ce monde ordinaire.
Imaginez par exemple que votre corps puisse devenir très fluide quand vous le vouliez, cela vous permettrait de vivre au contact avec les poissons, de découvrir le fond de l’océan et de travailler avec l’énergie de l’eau pour purifier l’océan. Ce serait amusant, n’est ce pas ?
Pouvez vous imaginer plusieurs sortes d’océan, de plus en plus subtiles ? Des univers multiples comme on en parle dans l’Avantaka sutra ?
L’intelligence d’un homme ordinaire ne peut concevoir l’idée d’univers parallèles, il ne croit que ce qu’il voit avec ses yeux ordinaires. Il ne se rends pas compte qu’il est un petit gland qui dort au fond de la terre en attendant de découvrir le ciel et le soleil.
Comment faire la différence entre l’imaginaire d’un fou ou d’un charlatan qui racontent n’importe quoi pour gagner de l’argent en abusant de la crédulité des gens simples et l’enseignement d’un vrai mystique qui connaît les terres de Bouddha.
D’abord il faut voir si la personne est stable dans sa vie privée et n’a pas un comportement extravagant. Ensuite il y a une longue pratique avant de développer des dons psychiques.
Matsumoto senseï était extrêmement intuitif et mon autre maître Aoki yuko était craint par les moines parce qu’il pouvait savoir quand ils faisaient des bêtises. Ils vivaient la tête dans les étoiles, mais bien les pieds sur terre pour faire face à toutes les responsabilités qu’ils avaient.  La différence majeure est que le malade est instable ou qu’il part facilement dans des délires interprétatifs. Il explique qu’il se sent agressé par des forces venant d’une autre planète ou d’ailleurs ce qui le fait délirer.
Le mystique lui est entraîné par des années de méditation et il connaît bien tous les pièges de l’au-delà, il gère sa vie dans le monde invisible avec la force de ses mantras comme un chef d’entreprise utilise ses instruments de travail. Il n’y a que par l’expérience personnelle de la méditation que l’on peut comprendre l’existence de différents mondes et y vivre consciemment simultanéement.
La recherche de l’éveil intérieur est un investissement personnel important. Pendant des années, on renonce en partie aux plaisirs du monde pour trouver le temps de méditer chaque jour. Si vous étiez sourd et aveugle de naissance, quels efforts feriez vous pour guérir ? Aucun, si personne ne vous avait jamais parlé de la beauté de la vie et que votre état est guérissable.
Beaucoup de gens ne font aucun effort pour se connaître ou s’améliorer, c’est dommage qu’ils pensent qu’on peut très bien se passer de prier et de méditer, sans vouloir connaître la vacuité.
Notre corps est mystérieux, il est comme un immeuble avec de nombreux étages dont les supérieurs nous restent inconnus. Les enseignements bouddhiques parlent d’atteindre des terres de Bouddha, des niveaux d’éveil comme « Togakkou » et « Myogakkou » qui sont différents niveaux de réalisation de la vacuité. Si on parlait en terme d’énergie lumineuse on dirait qu’on peut atteindre différents niveaux de fréquence jusqu’au moment où il n’y a plus personne qui atteint quoique ce soit car tout se dissout, le chercheur et l’état recherché, c’est l’éveil sans supérieur , l’anutara sambodhi.
Pour accéder à  ces étages de la vacuité, il faut épanouir un peu plus chaque jour son intelligence et son cœur dans la compassion universelle.
Le sutra de Hannyarishukyô développe comment se libérer des liens affectifs qui enchaînent dans le monde de la dualité, la divinité principale du Rishué mandala  est Aïzen myôô .
Mais il n’est pas facile de progresser dans la voie, car il y a une grande différence entre ce qu’on comprend, ce qu’on veut obtenir de soi et ce qu’on peut réellement supporter au niveau solitude. Se détacher complètement du monde est douloureux, nous avons un cœur d’enfant qui a besoin d’être aimé par quelqu’un en particulier pour se sentir exister un peu.
Une autre forme d’obstacle quand on pratique intensivement vient du karma latent qui vient à maturité et parfois il faut en payer le prix, au moins en partie, et le corps doit souffrir, comme dans l’histoire du moine Zen qui avait offert son bras coupé pour recevoir les enseignements.
Il faut vraiment être conscient de la futilité de ce monde périssable pour faire autant d’effort  pour sortir de la caverne de son mental. Ce désir ou cet appel de Dieu ou du Bouddha vient certainement de nos vies antérieures quand nous étions des religieux plus fervents.
Revenir toujours à la clarté de l’esprit , la méditation et l’action
Une citation du texte Indien « la Bhagavat gita » dit ; « Ce n’est pas pour le résultat de l’action qu’il faut agir mais pour l’action elle même»…parce qu’elle nous permet de nous perfectionner.Dans la continuité de nos vies, tout effort a du sens car rien ne se perd.
Méditation et action deviennent alors la même chose quand on vit en permanence conscient de la clarté vide du miroir sans laisser captiver toute son attention par les reflets, les pensées.
Cela revient a être vigilant et à revenir immédiatement à la luminosité du miroir quand on se passionne un peu trop, au besoin en s’aidant de la répétition d’un mantra ou de la prajna paramita. N’importe quelle action peut être utilisée si le rythme du travail le permet. 
Observer ses réactions est un exercice idéal pour se préparer à mourir puisque tous nos repères vont s’effacer à ce moment là et que nous devrons percevoir la claire lumière de l’esprit sans s’attacher à ce monde par des regrets.
Suivre la voie juste revient plus à suivre son intuition intérieure en retrouvant un état naturel, pas besoin de réfléchir trop, pas besoin de chercher le bien et de lutter contre le mal.
Les images ou les sensations positives ou négatives que nous supposons exister autour de nous sont des reflets du miroir, des illusions duelles, fabriquées par notre esprit.
Nous rêvons ! Revenons à la simplicité de la clarté pure de l’esprit.
De même croire encore à l’existence d’un moi à perfectionner, c’est encore une illusion duelle car alors il y a quelque chose à chercher, à acquérir et quelque chose à rejeter.
Nous rêvons encore ! Revenons à la simplicité de la clarté pure de l’esprit.
Il n’y a pas d’effort à faire pour se détacher ou se purifier, juste lâcher prise et être conscient.
Lâcher prise, c’est la chose la plus difficile à faire au monde parce que nous avons peur du vide, peur de la solitude et nous voulons tout contrôler. C’est un peu comme un enfant qui étreint son nounours en peluche par peur de l’obscurité. Chacun choisit dans sa vie adulte différents types de peluche pour se sentir exister, mais tout est illusion, impermanence.
Tout ce que nous voyons de la vie est le reflet sur le miroir de notre cœur de nos pensées, de nos espoirs ou de nos craintes. Ce n’est pas le monde réel mais juste le monde que nous rêvons de posséder ou que nous détestons. Le monde lui, il évolue indépendamment de nos espoirs et nos attentes, ce n’est que momentanément que nous pouvons croire posséder ou vaincre quelque chose, tout passe, tout est un rêve fugace.
Comme c’est triste de quitter la caverne de ses certitudes!
Nous rêvons ! Revenons à la clarté pure de l’esprit. 
Le maître Houeneng, patriarche du bouddhisme Chang écrit le poème :
« Il n’y a pas d’arbre d’éveil, ni de cadre de miroir brillant.
Puisque intrinsèquement tout est vide, où la poussière pourrait-elle s’attacher ? »
Vivre dans l’intuition juste à chaque moment, cela est-il possible ? Au Japon, les petites statues de Bodhidharma se redressent toujours même quand on les couchent sur le coté.
Même si nous dévions de la voie, revenons toujours à notre pratique.
Pour le saint tout vient au bon moment sans qu’il l’ait prémédité, tout part au bon moment sans qu’il cherche à le retenir. Tout est vide, pourquoi vouloir attraper ou garder un courant d’air ?  Il n’est pas évident de savoir ce qui est bon ou mauvais pour sa propre vie, il est donc préférable de s’abandonner à l’intuition du moment présent et de revenir à la simplicité de la clarté pure de l’esprit.
Prendre refuge et cultiver la joie intérieure en s’abandonnant à la sagesse du Bouddha qui nous dépasse c’est cela suivre la voie.
Vivre dans l’intuition juste de chaque moment, cela est-il possible ? Au Japon on vend des petites statues de Bodhidharma qui se redresse toujours même quand on les penche sur le côté. Même si nous dévions de la voie, revenons à notre pratique.
Conclusion
Parfois on peut se demandez pourquoi on vit si rien n’existe, mais chaque vie est précieuse parce qu’elle est l’expression du grand tout même si elle ne dure qu’un instant, c’est comme une petite fleur des champs elle s’épanouit avec les autres sans se poser trop de question.
Elle est juste heureuse de qui vient chaque jour.
Si nous préservons notre cœur, le reste de nos activités se déroulera harmonieusement.
Une religieuse disait à ses sœurs : « Je ne vous demande pas de faire des miracles mais des petites choses avec le sourire». Le plus important dans sa parole c’est « Avec le sourire », car  sourire signifie avoir de la maturité et garder de la distance vis-à-vis de son activité.
Le monde a besoin d’être sauvé, mais il a surtout besoin d’être aimé, c’est cette douceur, cette délicatesse de sentiment qui manque le plus actuellement dans les rapports humains.

Yukaï Senseï

lundi 26 novembre 2012

Maître shingon respecté, Yamasaki sensei est l'auteur d'un des rares livres en langue anglaise offrant une explication claire du Shingon, développement historique, pratiques... (points de concentration, visualisations)
un must

gassho
Komyo

Une grande partie est sur la toile

http://fr.scribd.com/doc/38413907/Yamasaki-Shingon-Japanese-Esoteric-Buddhism